Fiodor Mikhaïlovitch DOSTOÏEVSKI 1821-1881

« Tout ce qui est mort et négation dans les philosophies, Dostoïevski l’a surpassé ; mais telle est sa grandeur, qu’il monte d’un degré encore. Il porte à la rédemption l’accablement de nos fatalités... Je vois en Dostoïevski un Nietzsche racheté. »
André Suarès

Ecrivain russe, né à Moscou, son père était médecin et, trop autoritaire, fut assassiné par ses propres paysans. Sa mère mourut lorsqu’il était très jeune. Il entre à l’école d’ingénieurs de Saint-Pétersbourg en 1838 et devient officier ingénieur du génie en 1841. En 1844, il demande sa retraite pour pouvoir se consacrer à la littérature et écrit son premier roman, «Les Pauvres Gens».

En 1847, il fréquente le cercle du socialiste utopiste Mikhaïl Petrachevski. Cette même année, il fait sa première crise d’épilepsie, à 26 ans. En avril 1849, les membres du cercle Petrachevski sont arrêtés, y compris Dostoïevski qui est lui aussi arrêté et emprisonné. Après un simulacre d’exécution sur la place Semenov, le 22 décembre 1849, le tsar ayant grâcié les prisonniers au moment même où ils allaient être exécutés, la sentence est transformée en un exil de plusieurs années et la peine commuée en déportation dans un bagne de Sibérie.

Sa peine se termine en 1854 et il est affecté comme officier à un régiment de Sibérie. Il recommence à nouveau à écrire : les «Souvenirs de la maison des morts», récit romancé de sa vie au bagne. En 1857 il épouse Maria Dmitrineva Isaeva. En 1860, il obtient sa retraite comme sous-lieutenant et l’autorisation de rentrer vivre à Saint-Petersbourg. Il fonde avec son frère Mikhaïl une revue modérée et nationaliste, «Le Temps». Cette revue sera interdite en 1863.

Ces années d’errances et de troubles marquent profondément Dostoïevski. Son aversion pour l’Europe et la démocratie grandit. Il publie le célèbre «Carnets du sous-sol» qui est en quelque sorte une réponse au roman «Que faire ?» du révolutionaire Tchernitchevski. Selon Dostoïevski, l’égalité démocratique n’efface pas la violence des rapports humains mais l’exacerbe au contraire.

Il engage Anna Griogorievna Snitkine comme secrétaire et elle devient sa femme en 1867. Grâce à son esprit pratique et à sa volonté, la situation du ménage s’améliore. Dostoïevski renonce au jeu et se met à travailler régulièrement, publiant ses oeuvres les plus abouties : «Crime et Châtiment», «l’Idiot», «Les Démons» (appelé aussi «Les Possédés»). Ce dernier roman est inspiré d’un fait divers tragique : l’assassinat par les siens d’un des membres du groupe révolutionaire de Netchaïev. Son œuvre romanesque s’achève par le monumental «Les frères Karamazov», qu’il publie à l’âge de 60 ans. Le succès populaire arrive enfin. Son Discours sur Pouchkine (1880) fait même de lui un héros national.

Il succombe à une hémorragie le 28 janvier 1881 et est enterré à Saint-Pétersbourg. Ses obsèques sont suivies par 30 000 personnes.