Mise en scène - Cécile Maudet co-metteur en scène

J’aimerais qu’on sorte de ce spectacle en se disant : « Quelle vie ! Et non pas quelle mort !»

« Quelle vie !», voilà ce que j’aime chez ces personnages. Ils ne font l’économie de rien, ils n’ont pas peur de souffrir parce qu’ils aiment la vie, non parce qu’ils aiment la mort.
S’ils acceptent de tout traverser, c’est parce que ce sont des vivants qui viennent nous chercher dans des réalités très quotidiennes, dans ce que nous pouvons chacun être en droit de vivre. Mais lorsque dans cette traversée, peut sourdre un sentiment d’amertume voire de culpabilité, Dostoïevski ne porte aucun jugement, au contraire il laisse chaque personnage libre comme le spectateur ; affirmant que si l’on se perd seul, c’est toujours avec d’autres qu’on se sauve.

Un roman policier

Le roman est bâti comme un roman policier avec un meurtre et un coupable qui n’est pas celui auquel on s’attendait. L’adaptation garde cet axe principal du livre. Seul le 5e Acte échappe à la chronologie pour entrer dans quelque chose de plus intemporel. C’est la parole personnelle, celle de l’âme qui se dit et qui prend toute son importance. Le dialogue devient un ensemble de monologues tel un oratorio.

La mise en scène

Pour la mise en scène, une certitude forte est apparue dès le départ, la présence dans le « hors jeu ». Qu’ils soient ou non sollicités dans le texte, les comédiens sont toujours en scène autour de l’espace central chacun dans sa solitude, dans son monde. C’est un choix qui redonne la dimension mosaïque du roman. Dostoïevski arrive à nous faire suivre chacun des personnages avec l’impression que tous sont présents à chaque instant. Le « hors jeu » donne cette profondeur de champ qui témoigne à la fois du mystère des solitudes et de la destinée commune.
Au centre, l’espace du texte, de la relation, de la vérité, du temps «réel»; au pourtour, le temps du secret, de l’intimité, de la solitude.
A cause de cette présence permanente des personnages, peut-être plus encore que dans d’autres spectacles, la mise en scène est partie du comédien. C’est le travail de l’acteur qui a dessiné l’espace jusqu’à l’utilisation des accessoires et presque même  la scénographie.