Présentation

« Aliocha ne savait pourquoi il embrassait la terre, il n’essayait pas de se l’expliquer,
pourquoi il avait un désir tellement irrépressible de l’embrasser, de l’embrasser tout
entière, mais il l’embrassait en pleurant, et jurait avec ivresse de l’aimer dans les
siècles des siècles.
 »

Peut-on rêver un monde où nous, les hommes, au lieu de faire semblant et de vivre les uns à côté des autres, préoccupés de tout sauf de la seule chose qui nous importe vraiment – accepterions ce besoin irrépressible d’être vus tels que nous sommes dans nos profondeurs cachées et d’être mus par cette soif de l’autre « tu es donc je suis » - ces hommes tels que Dostoïevski ose les considérer dans leurs vertiges et leurs espoirs les plus fous, peut-on rêver que ce monde-là advienne ? Peut-on attendre du théâtre qu’il nous donne le courage de croire à ce monde-là, de le voir, de l’entendre, d’y goûter parce qu’une troupe de comédiens se serait réunie pour le manifester? Une troupe qui depuis de longues années se serait rodée à cet exercice de vie et de travail dans le seul but d’avancer et de tracer un chemin artistique avec la chair, les combats, le talent apportés par chacun dans le chaudron de la création...

Car ces « frères », c’est nous bien sûr, Dmitri l’impétueux, mélange exalté de vice et de vertu, Ivan le ténébreux que révolte la question du sens et de la souffrance des enfants, Smerdiakov, le mal aimé, rongé par le venin de la vengeance et Aliocha, le pur… qui va devoir se salir en accueillant tout de ce monde, et qui ne trouvera la paix qu’en acceptant d’embrasser la terre mère, se rappelant des dernières paroles du Starets : « Pardonne à tous les humains pour tout. Pour tout et pour tous !» Sans compter Fiodor, le père indigne, bouffon dérisoire et grotesque, injustifi able et dont on se surprend tous à souhaiter la mort : « ...qui n’a pas souhaité la mort du père ? »

Immense et redoutable Dostoïevski, aujourd’hui plus que jamais peut-être, votre lumière nous est précieuse.